LE BOUDDHISME : réponse à la crise

Publié le par relaxorail

Source PSYCHOLOGIES.COM

Federico Jôkô Procopio : « Le bouddhisme permet d’être en paix dans une société malade »

En Occident, le bouddhisme séduit de plus en plus. Pour Federico Jôkô Procopio, moine bouddhiste zen, il constitue l’une des meilleures réponses à la crise actuelle, offrant à l’homme liberté et sérénité.

Propos recueillis par Margaux Rambert

Psychologies : Beaucoup de personnes souffrent dans notre société, comment l’expliquer ?

Federico Jôkô Procopio : Les gens sont déconnectés d’eux-mêmes. Ils subissent leur vie, agissent comme des automates, ce qui les rend tristes, nerveux, inhumains, même. Mais cette souffrance n’est que le symptôme d’une insatisfaction permanente. Nous avons tout en abondance - quand d’autres personnes cherchent encore de l’eau potable de l’autre côté de la terre-, et pourtant, nous sommes tout le temps insatisfaits. Nous avons grandi dans une société qui nous a éduqués à des plaisirs cosmétiques. Et nous avons fini par croire que le bonheur était là dedans. Alors comme des singes qui sautent d’une branche à une autre, nous passons sans cesse d’un bonheur à un autre. Comme certaines branches sont plus ou moins durables, nous nous agrippons vite à d’autres, à la recherche d’un bonheur absolu, qui en fait, n’existe pas et devient donc la cause de nos souffrances. Mais en réalité, il n’est écrit nulle part que la vie doit être heureuse. En elle-même, elle n’est ni bonheur, ni malheur. Elle est juste la vie, traversée d’instants de félicité et d’autres, moins joyeux.

Federico Jôkô Procopio : Le bonheur est en réalité sous nos pieds, là où nous sommes assis. Il est là lorsque nous sommes pleinement avec quelqu’un, lorsque nous goûtons un bon repas, lorsque notre enfant nous fait un dessin, lorsque nous réussissons à faire quelque chose de bien pour d’autres… On pourrait dresser ainsi des listes infinies. Mais tous ces bonheurs apparaissent et disparaissent. Notre illusion, c’est que nous pourrions les retenir.

Portrait

Federico Procopio, psy et moine bouddhiste
Moine bouddhiste zen, Federico Jôkô Procopio est aussi psychanalyste, philosophe et homosexuel engagé. Rencontre avec un homme de combats, mais d’une grande sérénité (...).

Federico Jôkô Procopio : Elle est liée au fait que nous vivons au mauvais endroit. Nous vivons sans cesse dans le passé - qui n’existe plus mais auquel nous repensons constamment - ; ou dans le futur - qui n’est pas encore, mais dont nous pensons qu’il sera meilleur -. Sauf que rien n’existe en dehors de l’instant présent, qui, à peine nommé, a déjà disparu. Et c’est justement dans ce présent qu’il y a tout un festin de l’existence à savourer.

En vivant en pleine conscience ?

Federico Jôkô Procopio : Oui. Et cela implique un travail d’approfondissement de soi, de réconciliation avec son histoire, son corps, son esprit, sa vie, ses racines. Cela demande un vrai effort de générosité, d’humilité, d’acceptation, d’ouverture… Il est donc beaucoup plus simple, dans une société où nous sommes habitués à avoir tout, tout de suite, de zapper la vie et de rester à la surface de soi. Et d’essayer de construire son bonheur en prenant des choses ça et là, un peu comme au supermarché. Nous trouvons beaucoup d’excuses pour rester à la surface de nous-mêmes. Mais ce faisant, nous passons à côté de la vie, et nous nous éloignons de notre nature véritable, profonde.

Federico Jôkô Procopio : C’est celle d’un être éveillé, d’un bouddha. Une bonne image peut être celle d’un miroir. A l’origine, il n’a ni forme, ni couleur. Si je mets quelque chose de rouge devant, il devient rouge. Mais il n’est pas rouge. Le jour où notre vie devient comme le miroir, nous sommes profondément libérés. Des malheurs, comme des bonheurs. Tant que notre vie dépend tantôt des uns, tantôt des autres, elle va être une courbe épuisante psychiquement et spirituellement. Le jour où, grâce à cet éveil, elle ne dépend plus d’eux, elle est alors beaucoup plus vaste. Un peu comme le ciel : quand l’oiseau passe, il n’emporte pas le bleu du ciel. Quand le nuage passe, le ciel ne devient pas un nuage. Cette nature du bouddha est comme un vaste ciel. Parfois, il y a des nuages gris, de l’orage, un avion, un oiseau… mais ce ciel peut tout accueillir dans son envergure sans n’être rien de tout cela. Quand nous devenons comme cela, la vie ne va pas changer : les factures seront toujours dans la boîte aux lettres, les imbéciles seront toujours sur le chemin, mais également ceux qui nous aiment et nous aident à grandir. Mais notre vie sera profondément en paix et sereine car elle ne dépendra plus de cela. Il n’y aura plus rien à chercher, juste à vivre.

A découvrir

J'ai un kôan pour vous
"Méditations et partage d'un moine zen et citadin". Le blog de Federico Procopio sur MonPsychologies.

Federico Jôkô Procopio : Oui. C’est pour cela que l’enseignement du Bouddha est pour moi l’une des réponses les plus valables aux questionnements de notre société. C’est une voie de grande liberté. Les hommes ont besoin de comprendre qu’ils sont beaucoup plus que ce qu’ils croient.

Difficile de se sentir libre dans une société qui souffre, et contre laquelle de nombreuses personnes se battent…

Federico Jôkô Procopio : Dans la vie, on mène beaucoup de combats qui sont moralement et physiquement épuisants. Mais il est difficile d’aller à contre-courant d’une société qui fonctionne mal. En revanche, on peut faire en sorte que notre vie ne soit pas contaminée par elle. Et il n’y a que la liberté de l’esprit qui le permette. Quand une tuile nous tombe dessus, quand quelqu’un nous calomnie, la force du sage est de penser que ce n’est pas notre problème. Ce qui compte, ce n’est pas ce qui se passe autour de nous ou ce que les autres pensent de nous, mais qui nous sommes en vérité. Mais y arriver nécessite de travailler sans cesse sur ce que nous sommes de plus beau en profondeur. Ce qui implique de porter un regard positif sur nous-même, empli d’amour et de confiance, et capable d’oublier nos erreurs. Pour ensuite avoir ce même regard envers les autres.

A lire

Le Chemin de la sérénité, de Federico Procopio, (Eyrolles, 2013).

Federico Jôkô Procopio : Le bouddhisme, comme d’autres voies, est une philosophie de vie qui peut ramener l'homme sur un chemin spirituel sans lui demander de prérequis, d'appartenir à un clocher, ou de correspondre à un modèle. Alors que la société ne cesse de lui demander d’être comme ceci, comme cela… Là, il s’agit juste de dire venez pratiquer et voir que vous êtes plus grands que tout ça. Avant d’être bouddhiste, j’étais chrétien. C'est cette largesse qui ne discrimine pas, qui ne juge pas, qui ne demande pas un retour, qui m'a séduit dans le bouddhisme.

Federico Jôkô Procopio : Notre vie est comme la page blanche d'un carnet, dont nous sommes le seul écrivain. A n'importe quel moment, nous avons le pouvoir et la grâce d'y écrire, d'y peindre, l'éternelle insatisfaction ou la parfaite plénitude. C'est toute notre splendeur. Dans cette largesse, cette immensité, il y a le vrai bonheur. Pas des bonheurs cosmétiques mais un bonheur qui s'installe. Qui n'est pas fait de moments de folie, mais qui est égal, paisible. Comme le fond d'un océan, qui reste calme, même les jours de tempête. C’est à ça que mène la pratique bouddhiste : à être au fond de l’océan, empreint d’une sérénité inouïe.

mars 2014

LE BOUDDHISME : réponse à la crise

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