L'INSTANT PRESENT

Publié le par relaxorail

Source Psychologies.com

Apprendre à vivre l'instant présent

Le présent est la seule réalité à notre portée : le passé nous a échappé et le futur ne nous appartient pas. Or, nous passons beaucoup de temps à regretter l’un et à appréhender l’autre.

Ne pas vivre le moment présent, c’est donc tout simplement vivre dans une illusion. Être dans « l’ici et maintenant », ce n’est pas se voiler la face devant l’avenir ou agir comme si le passé n’avait pas été. C’est avoir conscience de ce qui se passe en soi et hors de soi, revenir à ses sensations et à ses émotions, savourer la vie et ne pas fuir systématiquement en cas de gêne ou de douleur…

Adopter cette façon d’être au monde est l’une des meilleures solutions pour se protéger du pessimisme ambiant et apaiser ses propres angoisses personnelles. Et, ainsi, plus présent à soi et aux autres, pouvoir sans culpabilité ni complaisance se retourner sur son passé et se projeter dans l’avenir de manière à la fois sereine et réaliste.

Savourer le quotidien, un exercice difficile

Angoissés par l’avenir, stressés par le temps, rien ne nous semble plus illusoire que de vouloir vivre pleinement l’instant présent. Notre journaliste a tout de même essayé.

Il fait froid, gris, triste. Dehors, c’est la crise, à laquelle nous ne comprenons pas grand-chose, sauf qu’on va tous finir par perdre notre emploi, se taper les uns sur les autres et mourir dans un accident nucléaire. Alors, l’instant présent, là, tout de suite, nous n'avons pas envie d’en profiter…, à moins qu’il ne s’agisse des cinq délicieuses minutes avant 8 heures où nous sommes au chaud dans mes rêves, juste avant d’écouter les infos.

Pourquoi est-ce si difficile de vivre dans le présent, la seule réalité qui semble à ma portée ?

Notre cerveau en est, tout simplement, incapable.

Nous nous remettons trop souvent aux horloges, lesquelles n’ont rien à voir avec notre conception subjective de la durée. D’où cette sensation que le temps nous échappe, que le temps de nous dire qu’il faut en jouir (et le poster sur Facebook), il est déjà trop tard…

Parvenir à vivre dans l’ici et maintenant est en fait une capacité de l’enfance, de l’époque où nous ne nous posions pas la question.

« À mesure que nous grandissons, nous acquérons la dimension du temps.Tout petits, nous apprenons à raconter notre journée, à préparer notre cartable, donc à nous remémorer le passé et à prévoir l’avenir », résume Alain Braconnier, psychiatre et psychanalyste.

Bien sûr, dans des moments de jeu ou de gaieté, nous retrouvons parfois la spontanéité, l’insouciance de l’enfance, et nous goûtons avec plaisir cette liberté. « Mais, le plus souvent, vous devez analyser ce que vous avez bien fait ou mal fait, anticiper, choisir… Pour un adulte, être en permanence dans le présent serait d’ailleurs irresponsable », reprend le psychiatre.

Pour certains, profiter du moment, même un tout petit peu de temps à autre, est absolument impossible ! Constamment dans les souvenirs, ils ne peuvent pas s’empêcher de répéter que « c’était mieux avant », regrettent leurs actes ou ruminent leurs échecs au point de limiter leurs possibilités. « Si je n’avais pas raté le concours d’infirmière il y a dix ans, je serais plus heureuse aujourd’hui », regrette ainsi Catherine, 45 ans, qui reconnaît aussi avoir manqué des occasions de rebondir.

« Dans la répétition, nous cherchons la réparation, éclaire Katia Denard, psychanalyste. En rejouant la même scène, nous espérons intimement qu’enfin quelque chose va changer. »

L’inconscient, disait Freud, ne connaît pas le temps : nos souffrances anciennes non réglées restent actives comme si elles dataient d’hier.

Et puis, révèle Katia Denard, « en ruminant le passé, nous cherchons à rester dans ce que nous connaissons déjà, même si c’est désagréable. Pourquoi changer pour un scénario actuel mais étranger et qui nous fait si peur ? ». D’autres entachent plutôt le présent de leur peur de l’avenir. Perfectionnistes, ils ne peuvent apprécier l’instant, trop imparfait comparé à un idéal inaccessible. Anxieux, ils sont incapables d’en tirer profit, hantés par la crainte de ce qui pourrait arriver (de pire, forcément).

Peur d'être vraiment là ?

Goûter le bonheur réveille également une forme de culpabilité.
Comme s’il y avait quelque chose de honteux à profiter, que l’on n’était pas digne. Ou, superstitieux, que la réjouissance attire le mauvais œil ou que le passé se répète.

Longtemps, nous nous sommes empêchés de vivre pleinement les bons moments. Au point, parfois, de frôler la prophétie : « Ne te réjouis pas trop, ça ne va pas durer. Fais-toi de beaux souvenirs », me susurrait une petite voix un poil déprimante.

« En empoisonnant un peu le plaisir de l’instant, vous tentez d’atténuer la souffrance liée à sa disparition possible, souligne Marie-José de Aguiar, gestalt- thérapeute.
Le plein bonheur, c’est parfois trop. Craignant que le réveil soit rude, vous choisissez inconsciemment de le parasiter. »

Nous réalisons alors qu’être dans le contact total avec l’autre nous renvoie à la peur de la fusion, de la perte de contrôle, de l’engloutissement… et devient mortifère.

« Être vraiment là, en conscience, est une posture très “impliquante”, poursuit la gestalt-thérapeute. Cela peut même être insupportable si, en plus, cela vous rappelle combien vous avez manqué de ces moments-là auparavant. Ou si cela ouvre sur un besoin de l’autre qui paraît sans fond, terriblement angoissant. »

Pour l’atténuer, par pudeur et pour me protéger, nous pouvons préfèrer alors regarder ailleurs, gesticuler, parler du passé, de l’avenir, avoir l’air pressée.

Bref, nous nous organisons pour ne pas nous dévoiler, ne pas dire nos émotions, nos sensations, ni voir ce qui advient dans la rencontre et le silence.

Chercher le bon ajustement

Comment, dès lors, parvenir à goûter le moment présent ?

En allant voir ce qui, dans le passé, nous en empêche, et comment nos peurs et nos souffrances se réactualisent aujourd’hui.

« C’est également avoir conscience que vos expériences anciennes ont modelé votre façon d’être, de percevoir la réalité, et que vous l’abordez avec votre subjectivité », explique en écho la psychiatre Stéphanie Hahusseau.

Faire le lien entre hier et demain, tirer le fil entre ce qui nous a construits et nos projets nous permet de savourer pleinement notre existence aujourd’hui.

À nous, ensuite, de trouver le bon ajustement avec le présent.
Nous en protéger ou le remettre à plus tard, lorsqu’il n’est pas adéquat.
Nous y plonger pleinement quand il nous est agréable. Ou le faire durer des heures quand nous le trouvons un peu trop court. Avec la sensation délicieuse et inouïe de pouvoir arrêter le temps.

Et quand le moment présent est trop dur ?

Un deuil, une maladie, des fins de mois angoissantes… On donnerait tout pour faire autre chose, être ailleurs, avec des gens dont l’instant présent est joyeux et contagieux, quand le nôtre est sombre et oppressant.

Pour le moine bouddhiste Thich Nhât Hanh, mieux vaut pourtant reconnaître notre douleur, la prendre dans nos bras « comme une maman avec son bébé qui pleure » et, ainsi, petit à petit, attendre qu’elle s’apaise.

« La décrire afin de l’apprivoiser, conseille la psychiatre Stéphanie Hahusseau. Est-ce qu’elle brûle, est-ce qu’elle tord le ventre ? Est-ce qu’elle est ronde, pointue ? » Certains préfèrent se rendre utiles en faisant du café pour toute la famille endeuillée, ou aller courir et ne penser qu’à leur foulée. Une manière comme une autre de s’appuyer sur l’instant – une cuillerée de sucre après l’autre – ou de revenir à sa respiration.

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